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Virginie THERY

peintre - pinseyeuse


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virginiethery@laposte.net

21 novembre 2006 2 21 /11 /novembre /2006 12:41
de Jean-Michel BELORGEY

Lors d'une exposition à la Médiathèque du Guilvinec en Octobre 2005, mes aquarelles d'algues et de cailloux et mes pinsés étaient présentés accompagnés de poêmes de Jean-Michel Belorgey ( voir bio plus loin ) dont l'unique sujet était les pierres.
Au vu de mon travail, il avait écrit ce texte .



    "Peindre, autant que sculpter, est s'attaquer à la matière, la prendre à bras le corps,en plusieurs sens : pour arracher, d'abord à ses modèles, leurs secrets, ceux de leurprofusion ou de leur aridité, de leur solidité ou de leur fragilité, de leur fraîcheur native ode leur usure, pour se concilier ensuite, en vue de restituer les secrets arrachés ou seulement entrevus, le papier ou la toile, la couleur, le pinceau ou le couteau, qui sont, eux-aussi, matière. Telle est la commune condition du peintre de paysages, du portraitiste, du peintre de fleurs ou d'animaux, vivants ou naturalisés.

Peu d'espaces, cependant, autant que celui des grèves offrent, à qui veut entrer dans la carrière, cette singulière liberté de choix à laquelle quiconque est habité d'un regard, c'est-à-dire d'un désir, se sent convié, en posant le pied sur le sable, les galets ou les rochers d'un rivage:  D'un côté la course des nuages et des vagues, l'immensité du ciel, et de la mer, entre lesquels l'horizon, pour peu qu'il soit brouillé, ne fait pas nettement le départ ; de l'autre la grève elle-même, plus ou moins dégagée selon l'heure et l'intensité des marées. Entre se laisser glisser dans une sorte d'ivresse contemplative, et scruter le sol qu'il foule, où, jusqu'à ce qu'une future marée s'en empare à nouveau, ce qu'une précédente y a abandonné demeure disposé comme un bouquet d'offrandes, l'oeil hésite

Mais la main ne peut saisir le duvet ou l'étoupe des nuages, ni l'ourlet des vagues ; galets, coquillages, plumes d'oiseaux et menues épaves de bois, de corde, de verre, de métal, sont, en revanche, une invitation pressante à la cueillette. Même Socrate, parcourant une grève en dialoguant avec ses disciples ne dédaignait pas d'y ramasser une pierre de forme singulière. Celles qu'y ramassent, avec d'autres trésors, les enfants, les peuples primitifs, les artistes, il est bien rare que, comme Socrate, il les rejettent. Plus souvent, ils les serrent dans un sac, un bocal, une boîte, une armoire, une sépulture, un temple. Et ils veulent aussi faire partager la ferveur qu'ils nourrissent à leur endroit, les messages qu'ils croient entendre de leur part, l'intuition des affinités qu'ils reconnaissent entre l'une et l'autre. En un mot, ils veulent pour leurs captures une autre vie. C'est pourquoi ils les peignent, ou leur cherchent et leur trouvent différentes sortes de réemploi.

Ainsi de Virginie Torre qui, pour commencer, peint, avec une tendresse plus qu'attentive, intrusive, des coquillages et des pierres, plutôt menues que grandes ; et montre une égale inclinaison pour la fraîcheur (les grains de café ou cochons-trivia monacha-, les petits jaunes, les vénus, les berniques), et l'usure (celle des algues ; noeuds d'algues brunes, rougeoyant comme des feuilles mortes, et reliques de flotteurs calcinés ; et celle des pierres, avec leurs nervures, leurs cicatrices, les imperceptibles affleurements à leur surface des couleurs que celle-ci, lessivée par la mer, dissimule et révèle à la fois). Mais, pour exigeante, tyrannique peut-être, que soit l'aquarelliste avec ses modèles, sans doute tout cela ne comble-t-il pas en elle le démiurge. De là, ces bricolages inspirés, ces « pinsés », où la volonté d'assujettir -physiquement à une architecture, intellectuellement à une démonstration- la matière elle-même, et non plus seulement son reflet, se fait explicite.
Coquillages et minéraux s'effacent ici largement devant les bois, singulièrement les bois d'épaves. Matière, il est vrai, pour partie déchue ; requise de prêter son concours à un projet qui la dépasse. II n'en est pas moins permis à certains fragments de se produire seuls.

Ainsi de ces poissons, nés des flancs de Dieu sait quel vaisseau, agonisant aux vases de Dieu sait quel havre de grâce, auxquels les verrues, les gerçures, les imprégnations de rouille, d'un bois plusieurs fois mort, dont ils sont les dernières reliques, tiennent lieu d'écailles, de nageoires, de gueules, rieuses ou menaçantes. Ce sont peut-être mes préférés. Avec le « lapin ailé ».  Pourquoi « lapin » au fait ? J'y verrais bien,  pour moi, un mouton, ailé certes, se prenant soit pour le bélier de l'Evangéliste, soit pour un mouton de Saint-Exupéry, sommeillant non sur une planète, mais sur la plate-forme, vue en coupe, d'un phare, un beau phare rouge et orange, du rouge et de l'orange de certaines balises. Mais, pas plus que Virginie, je pense, ne tient à vous convaincre que c'est à un lapin que vous avez affaire, je ne tiens, moi, à ce que vous y voyez un mouton. Ni, d'ailleurs, que Robinson n'est pas, comme je le soupçonne, Robinson, mais Jonas ; que « l'Ange bleu » n'est autre que Babar déguisé, et  la « tenue de soirée », Djumbo,  ou l'inverse. Ni que les duellistes cartographes de « C'est par là » sont plutôt une girafe et un renard qu'un kangourou et un chacal. Ni que le timide est timide ; ou « mon HLM », un HLM, et non une navette spatiale, ou l'arche de Noé. Que Virginie s'assujettisse la matière ne signifie pas qu'elle entende vous assujettir vous, bien plutôt vous associer à l'émerveillement qui est le sien, et faire de vous les complices de ses jeux avec les laisses de la mer. "

Jean-Michel BELORGEY

Petite biographie :

"Jean-Michel Belorgey est né à Paris en 1944 . Il fait partie de ces hommes dont on dit qu'ils ont plusieurs vies
 Haut fonctionnaire , il est ancien élève de l'E.N.A. , et sa carrière s'est partagée entre le Conseil d'Etat , où il préside aujourd'hui la Section du Rapport et des Etudes , et les administrations sociales , où il a présidé , entre autres organismes , la Fondation des Villes, le groupe permanent de lutte contre l'illettrisme, ou le Fonds d'action sociale pour les travailleurs immigrés et leurs familles .
Il a dirigé un moment , à l'ambassade de France à Alger ,les services de la coopération technique ,et présidé le Comité national d'entraide Franco-vietnamien , laotien et cambodgien
Professeur , il a enseigné à l'Ecole Nationale d'administration , à l'Institut d'études politiques de Paris et de Grenoble ; il est actuellement professeur associé à l'Université de Cergy- Pontoise , où il enseigne les questions politiques et sociales .
Homme politique , il fut député de l'Allier de 1981 à 1993 , et conseiller municipal de Vichy. A l'Assemblée nationale , il a présidé la commission des affaires culturelles , familiales et sociales pendant cinq années (1988-1993)
Comme si sa vie n'était pas assez pleine , il a toujours eu, et il a encore , une activité associative intense , qui a conduit le gouvernement à lui confier la présidence de la Mission Interministérielle pour la commémoration du centenaire de la loi du 1 ° juillet 1901.

Dans sa vie privée , Jean-Michel Belorgey est voyageur , écrivain et poète . Sans parler de ses publications en matière politique , juridique et surtout sociale , ni de ses rapports en matière de police et de lutte contre les discriminations , il a publié un essai intitulé "La vraie vie est ailleurs " ( Lattès -1989 ) où il raconte l'aventure de ces "transfuges " occidentaux, qui , au XIX° et au XX° siècles , ont volontairement quitté la civilisation en quête d'autres mondes ; il a publié en 1997 un récit de voyages intitulé " Vichy- Tombouctou dans la tête ", deux albums de cartes postales "Femmes d Afrique du Nord "(2002 ) et " Égyptiennes "(2003 ) , et ,  chez le même éditeur ( Bleu autour ) une "chronique."intitulée "Abad" (2005). Il est aussi l'auteur de deux romans policiers , " On est des pros " et "L'ambassadeur est annoncé " ( Le Passage - 2002 )

Actuellement , il prépare la publication de ses poèmes , qui , pour beaucoup d'entre eux ,sont l' écho de longues promenades avec sa fille , occupées à ramasser sur les grèves et les lais de mer , des galets , des pierres et des coquillages ...... C'est ici que sa démarche croise celle de Virginie Torre : dessins , aquarelles et "pinsés " entrent tout naturellement en résonance avec la poésie de Jean-Michel Belorgey ,

Jean-Michel a découvert les oeuvres de Virginie , et Virginie a aimé les poèmes de Jean- Michel qui ,en avant-première , lui en a confié quelques uns pour être proposés au public en contrepoint de son exposition . Il en a même écrit quelques uns tout spécialement pour elle."

Texte de Jean-François THERY.
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Published by Virginie Torre - dans littérature
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